Duchesne Madelaine (1666-1750)* ref.1


Épouse de Joseph Bonneau dit La Bécasse

Madelaine Duchesne l’aïeule des Veilleux de la Beauce

Par Gilles Bonneau, Sainte-Foy (QC)


Ainsi s’écrit l’histoire…                    

Bref rappel historique :                                                 


Joseph Bonneau dit Labécasse arrive en Nouvelle-France en 1667 ; il est âgé d’environ 18 ans et il  s’engage pour trois ans comme convenu chez Noël Jérémie, commerçant d’influence et occupant d’une terre située dans la ville actuelle de Sillery à la Côte St-Ignace dans les environs de la rue Holland actuelle. Noël Jérémie est l’époux de Jeanne Pelletier. En 1671, un fils, François, naîtra de ce couple qui épousera en 1706, Françoise-Agnès Gingras. C’est cette femme qui devenue veuve, épousera en 1716, Dominique Bonneau, un des fils de Joseph et ce couple est à l’origine des nombreux Bonneau qui demeurent actuellement dans la vallée du Richelieu. Quelque temps après son contrat d’engagement, Joseph Bonneau fait la connaissance de Marie-Anne Lelong, «fille du Roy», et le 31 août 1670, ils sont tous les deux chez le notaire pour établir un contrat de mariage. Joseph avait déjà, semble t’il, un pied-à-terre à l’Île d’Orléans car c’est dans l’église de Ste-Famille que le 16 septembre 1670, le mariage religieux est célébré. (La paroisse de St-François I.O. n’existera qu’en 1679). Les nouveaux époux s’installent dans la maison de Pierre Lacq (Lelat) et de Françoise Crépeau située sur une terre de trois arpents de front sur le fleuve St-Laurent, du côté nord de l’Île d’Orléans dans la Seigneurie d’Agentenay ; terre que Joseph achètera un mois après son mariage et qu’il occupera tout au long de sa vie.


Onze ans plus tard, le recensement de 1681 donne pour la famille Bonneau à la «côte St-Laurent» (Île d’Orléans) : Joseph 32 ans , Anne Lelong, sa femme, 29 ans  enfants : Pierre 10, Joseph 7, Marie 6, Anne 2, Antoine 2 mois, 3 bêtes à cornes et 17 arpents en valeur. Ses voisins sont : Esprit Charbonneau d’un côté et Alexandre Buissard et Pierre Duchesne de l’autre côté. Au même recensement, Pierre Duchesne à 60 ans, Catherine Rivet, sa femme, 47 ans et leurs enfants sont : Madeleine 15 (notre ancêtre et l’aïeule des Veilleux de la Beauce), Pierre 12, Constance 10, Marie 5, Geneviève 7, Anne 2, Simon 4 mois, 1 fusil, 7 bêtes à cornes, 17 arpents en valeur. Puis le 17 février 1684, le malheur arrive dans la maison de Joseph : Marie-Anne Lelong meurt. Joseph est veuf et 4 enfants vivants : Pierre 13 ans, Joseph 11 ans, Marie-Jeanne 9 ans et Antoine 21/2 ans environ. Il lui faut de l’aide rapidement car ses contrats le forcent à s’absenter de la maison et ses enfants sont trop jeunes pour tenir seuls  la maison. Sans perdre de temps, Joseph prend la décision de se remarier deux mois à peine après le décès de son épouse. Il obtint le consentement de sa «petite voisine» âgée de 17 ans environ, Marie-Madeleine Duchesne et de ses parents, Pierre Duchesne et Catherine Rivet à un prochain mariage. L’abbé François Lamy est de passage à l’Île d’Orléans et Joseph en profite pour lui demander de bénir leur mariage. La cérémonie religieuse se déroule le 11 avril 1684 dans l’église de St-François Î.O. et d’après le généalogiste Gérard Lebel CssR, ce mariage serait le premier célébré dans cette église.


Le 27 octobre de la même année 1684, Joseph passe un contrat devant le notaire Rageot avec deux autres colons et voisins de St-François Î.O. : Nicolas Verieul dit Vetdieu et Alexandre Boissard qui représente en plus Nicolas Menanteau. Ils s’engagent à fournir à Jean Gitton, marchand de Québec : 2000 planches de pin de 10 pieds de longueur, un pouce d’épaisseur et dix pouces de largeur ainsi que 500 madriers de pin de 21/2 pouces d’épaisseur, 10 pouces de largeur et 10 pieds de longueur. Ils produiront ces planches et ces madriers cet hiver à l’Île-aux-Coudres du côté nord de l’île. Le tout devrait être livré avant le 15 avril 1685. Le transport n’étant pas ce qu’il est aujourd’hui, Joseph a donc été obligé de se séparer de sa jeune épouse durant les longs mois de cette première année de mariage ! Joseph cependant ne perdit pas de temps pour agrandir sa famille car Madeleine accoucha d’un premier bébé baptisé Jean le 7 octobre 1685. Puis à tous les 26 ou 27 mois, un nouveau-né arriva avec la régularité d’une horloge ! Après Jean, ce fut Brigide le 27 décembre 1687 qui décéda moins d’un mois après sa naissance, puis Augustin, le 22 juin 1689 ; Dominique le 18 octobre 1691 ; Jacques le 10 janvier 1694 ; Madeleine le 23 février 1695 ; Basile le 18 décembre 1699 et finalement Jérôme le 7 février 1702 qui vécut un an environ. Entre-temps, les aînés du premier lit sont devenus des adultes et ils commenceront à quitter le foyer familial. Ce fut d’abord Marie-Jeanne qui à l’âge de 20 ans épousa Jean Vigny le 11 octobre 1695 puis Joseph âgé de 23 ans convolait avec Anne-Françoise Bissonnet le 5 mars 1696 à Ste-Famille Î.O. Quant à l’aîné Pierre, les indications sont à l’effet qu’il serait décédé avant d’atteindre l’âge adulte et on retrouve les dernières traces d’Antoine à St-Michel de Bellechasse où il est inhumé le 18 décembre 1702.


Alors que les enfants de Joseph et de Madeleine grandissent et se développent paisiblement dans la petite et l’humble chaumière de la pointe nord-est de l’Île d’Orléans, un drame douloureux et triste s’est déroulé tout près sur les battures de l’île vis-à-vis l’église de Ste-Famille le 3 mars 1697. Pierre Duchesne, le père de Madeleine perdit la vie d’une manière accidentelle et inattendue. André LaFontaine de Sherbrooke publia en 1988 un livre qui a pour titre : «Les bailliages de Beaupré et de l’Île d’Orléans». L’auteur a déchiffré les procès verbaux des baillages de la fin du XVIIe siècle et nous retrouvons des informations fort intéressantes sur l’ancêtre Joseph Bonneau et son beau-père, Pierre Duchesne…C’est ainsi que le 13 mars 1697, Pierre Duchesne fils et Joseph Bonneau conjointement, réclament des dommages de Simon Chamberland et de Marguerite Boileau, épouse de Jean Serreau, au sujet de l’incident où Pierre Duchesne père, a perdu la vie. Voici en résumé un extrait en français moderne de ce procès-verbal :«…à  ce que les défendeurs (Chamberland et Boileau) soient condamnés en tous leurs dépens, dommages et intérêts, soufferts et à souffrir pour avoir abandonné Pierre Duchesne sur les glaces, s’étant chargés de sa personne pour le mener de la ville de Québec audit comté (comté de Saint-Laurent, ancien nom de l’Île d’Orléans) qui est cause que leur père est mort sur les glaces, le troisième jour de ce mois(le 3 mars 1697) ayant été surpris d’une faiblesse à laquelle il était sujet, ce qui est si vrai qu’ils offrent justifier par les personnes qui ont vu le corps mort de leur père se trouvant tout chaud sur la glace et meurtri de grandes sueurs…» La dame Boileau et Simon Chamberland ont raconté pour leur part que le 3 mars ils venaient du Sault-à-la-puce et qu’ils étaient en carriole avec Pierre Duchesne. Lorsqu’ils sont arrivés près des battures de l’Île d’Orléans…« ledit défunt demanda à sortir de la carriole voyant les battures sans difficulté…» et parce que le mauvais chemin rendait la tâche de Chamberland difficile, Pierre Duchesne est donc descendu de la carriole, a passé les battures à pieds et, tout de suite après il a demandé de reprendre sa place dans le véhicule. En montant dans la carriole, il est tombé dans un trou et il s’est affaissé. Malgré des soins comme l’application de la neige sur les tempes, il ne reprit pas connaissance. Chamberland courut au presbytère de Ste-Famille mais le curé Lamy n’y était pas. Il alla voir ensuite Monsieur Noraye et ce dernier suggéra qu’on le porte chez le curé voisin, probablement celui de St-François. Cela s’avéra impossible à cause de l’état des chemins à cette période de l’année. Selon toute vraisemblance, Pierre Duchesne devait être âgé alors de 76 ans.


Quelques années plus tard, en 1701, autre drame imprévu : le décès de Joseph Bonneau père. Aucune indication ne pouvait prévoir cette mort surprise car rien dans les écrits indiquent qu’il était mal en point ou que sa santé était chancelante. Dans le même bouquin publié par A. LaFontaine sur les procès-verbaux des baillages de la fin du XVIIe siècle, un document atteste que le mardi 5 juillet 1701, il obtint un jugement contre un de ses voisins, Pierre Buteau qui avait bûché des arbres sur la terre de Joseph…   Sa sépulture eut lieu le 30 novembre 1701 dans l’église de St-François Î.O. et inhumé dans le cimetière de la paroisse. Dans le registre de la paroisse, on le dit âgé de 60 ans environ mais selon nos indications c’est plutôt 52 ans qui est plus vraisemblable et ce même registre des sépultures indiquent qu’il s’est confessé et a reçu l’extrême-onction…sa mort n’a donc pas été subite !


Voilà l’aïeule Madeleine Duchesne, âgée de 34 ans, à la tête d’une maisonnée de 7 enfants et elle est enceinte de 7 mois…Elle accouchera d’un garçon, Jérôme, qui sera baptisé le 7 février 1702. Malheureusement, Jérôme vivra à peine 11 mois. Pendant quelques années, Madeleine avec l’aide des aînés continue de mener sa barque courageusement et de fournir le nécessaire aux enfants. Vers 1705, un voisin proche, Nicolas II Verieul, étant veuf depuis deux ans lui propose d’unir leurs malheurs!


* Pour rédiger cet article,l’auteur s’est inspiré largement des écrits parus dans le bulletin des familles Veilleux, L’Éveilleur, sous la plume de Suzanne Veilleux principalement et des écrits de Louis-Philippe Bonneau, président fondateur du Ralliement des familles Bonneau.


Qui est ce Nicolas II Verieul (Veilleux) ?                 


Il est le fils de Nicolas Verieul et de Marguerite Hyardin, les ancêtres en Nouvelle-France des familles Veilleux d’Amérique du Nord. Les parents de ce Nicolas de la première génération étaient Nicolas Verieul et Perrette Roussel de la paroisse de St-Jacques de Dieppe en Normandie. Leur fils, Nicolas I, est né à Dieppe en Normandie et il fut baptisé à l’église St-Jacques le 17 octobre 1632. On le dit matelot de profession et il émigre en Nouvelle-France en 1656 pour y faire souche. Au mois de décembre 1665, il épouse en la maison de Julien Fortin dit Bellefontaine (tenant lieu d’église au Cap Tourmente), Marguerite Hyardin, fille de René et de Jeanne Serré. Elle a été baptisée le 30 août 1645 dans la paroisse de Notre-Dame de Joinville en Champagne. Nicolas a été inhumé le 11 octobre 1714 à St-François Î.O. et son épouse Marguerite Hyardin est décédée le 29 et inhumée le 30 mai 1720 à St-François î.O. également. Ces ancêtres auront 9 enfants : Nicolas II, 1667-1755 ; Marie, 1669-1677 ; Marguerite, 1671-1753 ; Angélique, 1673-1743 ; Marie, 1679-1755 ; Joseph, 1681-1736 ; Madeleine, 1683-1746 ; René, 1685-1685 et Jean-Baptiste, 1688-1689. Ils demeureront sur la terre 106 (lot 27 du cadastre actuel) où un monument a été érigé à l’automne 2003 sur les terrains de la station d’épuration des eaux usées de la ville de Beaupré au 60, rue Industrielle. Au printemps 1676, la famille Verieul déménage sur le côté nord de l’île d’Orléans, paroisse St-François, sur un terrain de 5.8 arpents de front que lui ont concédé les Sœurs de l’Hôtel-Dieu de Québec.


Nicolas II Verieul se marie une première fois dans l’église de Ste-Famille Î.O. le 28 avril 1692 avec Marie-Anne Mesny. Ils auront 4 enfants de cette union : Marie baptisée à St-François Î.O. le 19 mars 1693 : Note d’intérêt : le parrain de Marie est Vincent Chrestien, l’ancêtre de Jean Chrétien, ancien Premier ministre du Canada…et la marraine, sa tante Marie Vérieul; Nicolas, né en 1697 et baptisé à Ste-Famille Î.O. (aucune trace ultérieure de cet enfant !) ; Louise née et baptisée le 25 décembre et décédée le 26, 1698 à Ste-Famille Î.O. et Joseph, né et baptisé le 13 février 1700 à Ste-Famille Î.O. Ce dernier décédera le 14 janvier 1703, 9 jours après le décès de sa mère, Marie-Anne Mesny qui n’a que 32 ans…


Il est intéressant ici pour éclairer ces décès inopinés, d’introduire une explication historique chargée de tristesse et de chagrin. Lorsque l’on examine les registres de décès de l’Île d’Orléans, seulement pour la paroisse de Ste-Famille, 5 décès sont inscrits en 1702 puis en 1703, 42 décès et en 1704, 4 décès…Il est évident qu’il s’est passé un événement hors du commun au cours de ces années 1702 et surtout 1703. Les historiens parlent de la variole aussi appelée : «la peste indienne». Elle aurait été introduite par un Amérindien du Fort Orange, situé près d’Albany, NY. Ce dernier est décédé à Québec le 19 octobre 1702 et la maladie s’est répandue entre-temps un peu partout en Nouvelle-France soit à Trois-Rivières, Montréal et dans les campagnes. On estime que 1000 à 1200 personnes ont succombé à la maladie soit environ 8% de la population canadienne. À Québec seulement, 286 personnes sur une population d’à peine 2000 habitants sont décédées dans une période de 6 mois. Dans la famille de Nicolas Verieul et de Marie-Anne Mesny, Nicolas en plus de perdre son épouse le 5 janvier 1703, il perd aussi son fils cadet, Joseph âgé de 3 ans, le 14 janvier 1703. Dans la famille Bonneau, le malheur a aussi été très cruel. Peut-on supposer que l’ancêtre Joseph Bonneau enterré le 30 novembre 1701 ait pu contracter la maladie ? L’examen des signes et des symptômes de la maladie n’était certainement pas aussi pointu qu’aujourd’hui ! Toujours est-il que Madeleine Duchesne-Bonneau alors veuve, perdra son dernier-né, Jérôme âgé de 11 mois, le 21 janvier 1703 à St-François Î.O. Ensuite, ce sera au tour de Joseph Bonneau, 2e enfant du premier lit, marié à Anne-Françoise Bissonnet le 5 mars 1696 et leurs deux fils : Joseph âgé de 29 ans, décède le 4 janvier 1703 à La Durantaye ; leur fils cadet, Joseph-Augustin né le 27 janvier 1702 sera inhumé le 25 janvier 1703 et l’aîné Joseph né le 20 janvier 1699 sera inhumé le 9 décembre 1703…ce qui mit une fin abrupte à cette lignée. Enfin, Antoine Bonneau, 6e enfant du précédent mariage décédera également à La Durantaye le 18 décembre 1702 à l’âge de 22 ans  quinze jours avant son frère aîné !


Cette épidémie passée, la vie reprend peu à peu et voilà que Nicolas II Verieul cogne à la porte de Madeleine Duchesne, veuve de Joseph Bonneau et lui propose rien de moins que le mariage ! La cérémonie religieuse se déroule dans l’église de Ste-Famille Î.O. vers 1705 (la date exacte n’a toujours pas été précisée). Selon toute vraisemblance, Nicolas II n’a plus d’enfant à sa charge lors de son mariage avec Madeleine car sa seule enfant encore vivante est sa fille aînée Marie qui au moment du décès de sa mère en 1703, était âgée de 10 ans. Elle aurait été recueillie et élevée par sa marraine, Marie Verieul, épouse de Antoine Dandurant, demeurant à St-Thomas de Montmagny. Ils auront ensemble 4 enfants ? : [1]


Ambroise, né vers 1706 à l’Île d’Orléans. Il se mariera 2 fois, la première fois sous le nom de Verieul, le 7 novembre 1730 à St-François Î.O. avec Angélique Jolin et la seconde fois avec Anne Fournier le 1 mars 1745 à St-Thomas-de-Montmagny et il est inhumé le 27 avril 1762 à St-François-de-la-rivière-du-Sud sous le nom de Verrieur 

Gertrude baptisée le 21 mars 1708 sous le nom de Verrieu à St-François Î.O. (son demi-frère Jean Bonneau lui sert de parrain), elle se marie sous le nom de Verrieul à St-François Î.O. le 20 avril 1733 avec François Deblois (dit Grégoire)

Augustin, né vers 1710 à l’Île d’Orléans et il se mariera 2 fois, la première fois sous le nom de DeVerielle avec Marie-Anne Poulin le 8 septembre 1736 à St-Joachim (Augustin Labécasse son demi-frère est témoin à ce mariage) et la deuxième fois le 20 août 1742 sous le nom de Verieul dit LaBécasse à St-Joachim avec Françoise Quirion

Marie-Josephte, baptisée le 12 septembre 1712 sous le nom de Verieur à St-François Î.O., elle se marie sous le nom de Vergueur le 26 octobre 1732 à Québec avec Louis Brugevin (Bergevin), elle est inhumée le 25 avril 1743 sous le nom de Vedieu à Notre-Dame de Québec.

Le mariage de Nicolas II et de Madeleine ne durera que 14 ans car Nicolas II décède le 29 juillet 1719 à l’âge (réel) de 52 ans et il est inhumé le même jour dans le cimetière de St-François Î.O. Dans l’acte de décès, on peut lire ceci : « le vingt neuvième juillet de l’année mil sept cent dix neuf par moy preste curé soussisgné a été inhumé dans le cemetière de la paroisse nicolas verieul agé d’environ 45 ans décédé le mesme jour nayant reçu le Sacrement de la Pénitence pour estre mort d’une manière imprévüe…furent présent…» Accident ? Crise cardiaque ?…nous le saurons malheureusement jamais. Madeleine restera donc veuve une trentaine d’années. Dans les registres de St-François, on trouve ceci : « Le dix may mil sept cent cinquante par nous preste curé soussigné a été inhumée Marie Duchesne veuve de nicolas verieul décédée le jour precedent agée d’environ 85 ans après avoir reçu lextreme onction mais sans sestre confessée ni avoir communiée, estant en demence, presence de…» On dirait probablement aujourd’hui la maladie d’Alzheimer…!


Pour comprendre dans une certaine mesure ces faits et gestes de nos ancêtres, il faut regarder cela avec les «yeux du temps» et non essayer de comprendre avec  «ceux d’aujourd’hui».«élargi»  Lorsque l’on examine les cartes anciennes qui ont été dressées avec assez de précision, on constate que les terres et les habitations de tous ces personnages dont on cherche à scruter leurs allées et venues, sont presque toutes avoisinantes. C’est pourquoi, il n’est pas étonnant de voir apparaître sur les nombreux contrats notariés et souvent bien détaillés pour la grande joie des généalogistes, les mêmes personnages qui constituaient ainsi une sorte de clan familial . La même remarque peut s’appliquer pour les registres de paroisses concernant les baptêmes, les mariages et les sépultures. Le bon voisinage et l’esprit d’entraide furent certainement des plus présents et parfois d’un précieux secours principalement au cours des épreuves et des rigueurs du climat. Les nombreux enfants qui habitaient ces humbles chaumières ont certes fraternisé ensemble et appris à mieux se connaître assez dans certains cas pour entreprendre une vie à deux. C’est ainsi que dans ce récit qui est le nôtre, les trois familles : Bonneau, Duchesne et Verieul (Veilleux) sont devenues liées ensemble pour le reste de nos vies.


Un fait qui est digne de mention pour illustrer cette évidence demeure sans doute le transfert de la terre de l’ancêtre Joseph Bonneau située à la pointe d’Argentenay de l’île d’Orléans à la famille Allaire (Dallaire). Voici ce que raconte à ce sujet Louis-Philippe Bonneau dans son livre : Ils sont venus naguère…les familles Bonneau en Amérique du Nord. « Mariés depuis 12 ans, Augustin II Bonneau et Geneviève Gagné n’ont pas perdu de temps et huit bébés sont venus enrichir leur foyer : Joseph, Jean-Baptiste 9 ans, Geneviève 5 ans, Marie-Anne, Augustin 3 ans et Basile 1 an. Augustin père a 36 ans et son épouse 30 ans ; leur famille croîtra encore de façon appréciable : 5 bébés surviendront jusqu’en 1736».


«Augustin II cultive la terre et agit comme l’aîné de la famille, ce qu’il est devenu de fait depuis le décès de Jean II Bonneau. Il est également le tuteur des enfants du premier lit de Jean II…La décennie 1750 débute par le décès de la maman Madeleine Duchesne, âgée de 85 ans, le 9 mai 1750 et par la suite, on devait voir le départ pour l’au-delà de deux des garçons de Joseph Bonneau Labécasse : Dominique II, le 22 juillet 1755 à l’île aux Coudres et Augustin II, le 1 mars 1754 à St-François Î.O….Après ce départ…«la veuve d’Augustin II, Geneviève Gagné continue de demeurer sur la ferme ouverte en 1670 par son beau-père, Joseph I ; c’est son fils, Jean-Baptiste III qui, à la mort de son père Augustin II, a pris la relève et cultive la ferme. Il a eu de Dorothée Côté, trois enfants : Josephte née le 21 avril 1747, Victoire le 20 janvier 1750 et Jean-Marie le 7 février 1757. En 1765, les enfants ont donc respectivement 18, 15, et  8 ans quand leur père décède, tout jeune, à l’âge de 49 ans. Qui va prendre la direction de l’exploitation de la ferme ? L’unique garçon est encore tout jeune et probablement en piètre santé puisqu’il décédera à l’âge de 16 ans. C’est alors que le sort décide du changement de propriétaire. En 1766, le 14 avril, l’aînée, Josephte, épouse Étienne Dalaire et lui offre la ferme comme dot ! Douze jours avant le mariage, le notaire Crespin de Beauport a rédigé le contrat de mariage qui a fait basculer dans la famille Dallaire (Allaire) la terre de l’île d’Orléans, occupée durant 96 ans par les familles Bonneau. Depuis 1766, c’est la même famille Dallaire qui cultive la ferme de Joseph Bonneau dit Labécasse et qui est remarquablement fidèle à la continuité puisque c’est encore un descendant d’Étienne Dallaire, Michel, qui la cultive en 1982». Aujourd’hui, la terre ancestrale des familles Allaire (Dallaire) est située à quelques arpents à peine plus à l’est de celle des familles Bonneau à la Pointe d’Agentenay de l’île d’Orléans…     


Les familles Veilleux s’implantent dans la Beauce….


Notre histoire se poursuit avec Augustin Verieul, fils de Nicolas II et de Madeleine Duchesne. Il avait épousé le 8 septembre 1736, Marie-Anne Poulin et vivent à St-Joachim sur la Côte de Beaupré sur une ferme qu’Augustin avait déjà louée («bail à ferme») quelques années auparavant du Séminaire de Québec. Un  enfant est né de ce couple, Réné-Augustin et sa mère est probablement décédée des suites de cet accouchement (acte de décès introuvable). Augustin Vérieul se remarie le 20 août1742 à St-Joachin, et c’est avec sa deuxième épouse, Françoise Quirion, qu’il établira une véritable famille avec 11 enfants…Les sept premiers naîtront tous sur la Côte-de-Beaupré.


Joseph, né le 6 avril 1744, décédé à Beauceville le 14 janvier à l’âge de 75 ans ; marié à Madeleine Roy le 7 février 1763 à St-Joseph-de-Beauce. Il est le seul de cette famille à signer son nom aux nombreux actes notariés

Pierre, né le 24 novembre 1745, baptisé sous le nom de Wedieu ; décédé à Beauceville le 4 février 1812 à l’âge de 66 ans ; marié à Charlotte Paré le 11 février 1765 à St-Joachim

Basile (Wedieu), né le 15 mars 1748 ; décédé à Beauceville le 10 juin 1826 à l’âge de 78 ans ; marié à Josephte Roy le 2 mars 1767 à Beauceville

François, né vers 1749 ; décédé à Beauceville le 28 mai 1837 à l’âge probable de 88 ans ; marié à Marie-Agnès Gagnon le 3 février 1772 et à Geneviève Hélie dit Breton le 24 août 1773 à St-Joseph-de-Beauce

Marie-Charlotte (Vedieu), née le 11 mars 1750 ; décédée le 19 août, âgée de 6 mois

Thérèse, née vers 1751 ou 1752 ; décédée dans la Beauce dans les années 1830 ; mariée à Joseph Rancourt le 14 janvier 1771 et à Jacques Paré le 18 juin 1816 à St-Joseph-de-Beauce

Marguerite, née vers 1753 ou 1754 ; dernier enfant né sur la côte-de-Beaupré ; décédée à Beauceville le 27 avril 1844 à l’âge présumé de 90 ans ; mariée à Noël Létourneau le 16 août 1780 et à Nicolas Fortin le 7 novembre 1789 à Beauceville.

Demeurant toujours à St-Férréol, que se passe t’il pour que 18 mois plus tard, Augustin, son épouse Françoise Quirion et ses sept enfants décident de s’établir ailleurs ? Les terres sont-elles plus fertiles ailleurs ? Pourra t’il mieux établir ses garçons ? Il est probablement influencé par son beau-frère, François Quirion, qui a épousé Marguerite Bolduc le 26 janvier 1750 à St-Joachim et qui demeure dans la «Nouvelle Beauce». Le «bouche à oreille» est encore la meilleure publicité…tant à cette époque que maintenant !


Toujours est-il que le 18 mars 1754, Augustin fait un échange de terre avec Noël Lessard de la Nouvelle-Beauce. Dans les actes notariés du notaire Crespin, on peut lire : «…scavoir une terre et habitation scise et sistué…paroisse st joseph Seigneurie de mr Rigaud contenant trois arpents de frond…, ou se trouve une maison construite de pieces sur pieces de 20 pied de long…couverte en planche panchés haut en bas…une étable et du bois sur un cotteau…». Ses voisins sont Jean Lessard et François Quirion !!


Comme ce contrat est un échange pur et simple, ceci n’implique donc pas d’argent comme tel. Augustin est alors le troisième occupant de cette terre dans la Beauce. En premier lieu, elle fut concédée à Charles Gagnon le 26 juin 1741 et par la suite à Noël Lessard en 1748. Cette terre est désignée sous le numéro 18 du terrier Rigaud-Vaudreuil et aujourd’hui sous le numéro 64 du cadastre actuel de Beauceville. On peut donc affirmer que la famille s’établit dans la Beauce dans les mois qui ont suivi.


Les premiers VEILLEUX nés dans la Beauce…


Le 7 février 1757, Augustin et Françoise font baptiser, Louis, leur premier enfant né dans la Beauce à St-Joseph ; il sera inhumé le 11 mai 1819 à Beauceville à l’âge de 62 ans ; marié à Félicité Jobin le 10 juillet 1781 à St-Joseph-de-Beauce et à Louise Landry le 1 mars 1791 à Ste-Marie-de-Beauce.  Augustin et Françoise auront encore 3 autres enfants.


Ignace, né le 19 mai 1759 ; inhumé le 17 janvier 1819 à Beauceville à l’âge de 59 ans ; marié à Marguerite Poulin le 14 novembre 1785 à St-Joseph-de-Beauce et à Marie-Rose Deblois le 17 juillet 1804 à Ste-Marie-de-Beauce

Augustin, né le 7 juillet 1764 (le parrain est son demi-frère, René-Augustin, âgé de 26 ans) ; inhumé à Beauceville le 19 avril 1831 à l’âge de 66 ans ; marié à Marguerite Roy le 5 novembre 1793 à Beauceville

Marie-Madeleine, née le 8 novembre 1766 ; enfant posthume ; inhumée à Beauceville le 1 juillet 1822 à l’âge de 55 ans ; mariée à Jean Bolduc le 20 octobre 1794 et à Noël Paré le 28 juillet 1801 à Beauceville.

Le fils aîné prend pays…


Le 20 mars 1758, à une assemblée de parents à Ste-Anne-de-Beaupré,  Augustin, père, obtient la permission de vendre l'héritage de son fils, René-Augustin, né de son premier mariage avec Marie-Anne Poulin ; il en obtient 1300 livres. Le même jour, chez le notaire Nicolas Huot, il achète de : «Claude Gravel habitant de la nouvelle beausse, paroisse St-Joseph, seigneurie de vaudreuille : trois arpents de front sur quarante de profondeur avec une grange, étable construites dessus... pour la somme de 780 livres payées comptant…». Cette terre avait été arpentée aussi le 26 juin 1741 et c'était René Deaufin (Dauphin) qui en était le propriétaire. René-Augustin est donc le 3e censitaire sur cette terre. Un beau parti... ! Il se mariera l'année suivante à St-Joseph-de-Beauce, le 26 février 1759 avec Madeleine Rodrigue. Le premier mariage Veilleux dans la Beauce.


Augustin, père, meurt entre la mi-avril et le mois de juillet 1766 (acte introuvable). Il y a eu plusieurs morts dans la Beauce au printemps et au début de cet été 1766... Le 7 août, on fait l’inventaire des biens après le décès et après avoir fait la «criée», René-Augustin signe à sa mère, veuve, une note de quittance pour la somme de 300 livres tournois, un montant d'argent que son défunt père lui avait promis le 16 mai 1765. (Ce précieux document est un tout petit bout de papier écrit par le missionnaire Théodore, déposé par la suite au greffe du notaire Miray en 1773).  Françoise Quirion, veuve, aura son 11e enfant, Madeleine, le 8 novembre de la même année. Jusqu'à la fin de ses jours, Françoise demeurera chez son fils aîné, Joseph, à qui elle a fait donation de sa terre, le 28 juin 1774. Elle décède le 9 octobre 1805 et sera inhumée le 11 au cimetière de Beauceville à l'âge de 83 ans.


Ce fut le départ de l’installation des nombreuses familles Veilleux qui forment en 2006 des clans familiaux bien établis et dispersés un peu partout dans la vallée de la rivière Chaudière.


P.S. Un grand merci à Mme Suzanne Veilleux, présidente de l’Association des familles Veilleux inc. pour son aide précieuse dans la dernière partie de ce texte.




[1] D’après Tanguay, une autre fille, nommée Marie, serait née vers 1705. cependant nous ne retrouvons pas cette Marie dans le dictionnaire de Jetté.

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